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  • Paolo Lupo, président de l'association

LES RAISONS DE L’ABSTENTION DES GENEVOIS EXPATRIES


Si les votations cantonales du 28 septembre 2014 ont confirmé le rejet du projet pharaonique de la traversée de la rade, désavouant ainsi la politique conduite par l’UDC et le MCG en matière de mobilité au sein de l’agglomération genevoise; ces votations continuent à mettre en lumière le malaise que suscite l’abstention des citoyens genevois qui résident hors du canton : moins de 42% des électeurs inscrits se sont prononcés. Comment expliquer ce manque d’engouement de quelques 37'000 genevois qui habitent hors du canton ?

Alors que le taux des électeurs inscrits hors du canton avoisine, le 10% des électeurs du canton (21'828 au 28.09.2014), le taux de participation moyen peine à dépasser 44% et accuse parfois un plancher qui frôle 38% (22.09.2013). Comparativement le score des électeurs du canton reste stable aux alentours des 58%.

PLUSIEURS PHENOMENES CUMULENT LEURS EFFETS

En premier lieu, il faut constater que la communication sur les sujets de votation reste indifférenciée et ne prend aucunement en considération les spécificités des besoins et les préoccupations des électeurs de la grande couronne de l'agglomération. Cette couronne transfrontalière se trouve véritablement exclue des campagnes politiques.

Or, il semblerait logique de considérer que, quel que soit le lieu de résidence, l’effet d’entrainement d’une campagne politique reste conditionné par la qualité du message adressé à l’électeur. Ainsi, chaque électeur vote pour le parti qui a fait la proposition qui lui convient le plus, ou tire au sort s'il reste hésitant. De ce fait, l’absence de communication ciblée pour 37'000 frontaliers genevois, renforce incontestablement la prise de distance et donne le sentiment d’une agglomération qui se désintéresse de leur sort. De même, le sentiment de désaffiliation sociale avec Genève se trouve renforcé.

En deuxième lieu, comme le relève Anthony Downs, l’abstention est un phénomène rationnel dès lors que l’électeur n’a aucune chance à lui tout seul de peser sur les résultats du scrutin. Dans la mesure où l’électeur considère que le bénéfice qu’il peut retirer de sa participation est quasi nul et dès lors que le coût de la participation est élevé en termes de temps et d’investissement intellectuel, les coûts étant supérieurs aux bénéfices, il est rationnel de s’abstenir de voter.

Ainsi, l’absence de promotion et de communication d’une vision politique commune pour développer une agglomération prenant en compte une croissance de l’habitat réellement pilotée, le respect des acquis sociaux et qui prête attention aux équilibres de la région, de même que sentiment actuel d’une déconstruction de la coopération transfrontalière (vote des P+R, etc.), cristallise l’indifférence des sujets mal connus « à quoi bons, de toute façons rien en va changer », « de toute façons, ils n'ont rien pour moi quand je cherchais un logement, j'ai du me débrouiller seul», etc.

En troisième lieu, la montée de l’extrémisme genevois touchant aux sujets du transfrontalier et l’absence d’une réelle opposition politique, ont grandement péjoré l’image du travailleur extra-cantonal, qu’il soit frontalier européen ou suisse. Les récentes prises de positions des élus du canton soutenant la préférence du travail exclusive aux résidents du canton, ainsi que les messages d’exclusion des élèves suisses résident en France, génèrent un réel sentiment d’exclusion basée sur le lieu de domicile.

Ainsi, dans un contexte d’insécurité grandissant pour les résidents de la couronne frontalière de l’agglomération, peut expliquer en partie la diminution du lien civique au travers du processus d’individualisation et d’éloignement des hommes politiques du canton.

L’abstention du vote des genevois expatriés commence déjà à avoir des conséquences pour l’avenir du canton de Genève, dès lors que son développement ne s’inscrit plus dans une perspective d’agglomération transfrontalière. En 2030, 1/3 de la population du canton habitera dans la grande couronne de l’agglomération genevoise, sur territoire Français.

La solution est pourtant là devant nos yeux, dès lors que l’on accepte de considérer que l’électeur genevois doit être traité avec la même considération, quel que soit son lieu de résidence dans l’agglomération genevoise.

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